• Cannabis: le Québec est prêt pour la prochaine étape
  • Cannabis: le Québec est prêt pour la prochaine étape
  • Cannabis: le Québec est prêt pour la prochaine étape

Cannabis: Quebec is ready for the next step.Québec

Published 12 August 2026 by Pierre Leclerc

Plus de 15 000 jeunes de moins de 21 ans se sont vu refuser l’accès aux succursales de la Société québécoise du cannabis (SQDC) l’an dernier, selon des données compilées par la société d’État et révélées récemment par Le Journal.

Autant de jeunes qui « vont se tourner vers le marché illégal, où le taux de THC est inconnu et où les produits sont souvent beaucoup plus puissants, voire contaminés », soulignait à juste titre Jean-Sébastien Fallu, professeur titulaire à l’Université de Montréal en psychoéducation et spécialiste des dépendances.

Et ces statistiques ne sont malheureusement que la pointe de l’iceberg. Des milliers d’autres consommateurs québécois de cannabis, particulièrement des jeunes de 18 à 20 ans, ne se pointent même pas aux portes de la SQDC et continuent plutôt de s’approvisionner auprès du marché illicite, du crime organisé ou des gangs de rue, avec tous les risques que cela comporte.

Huit ans après la légalisation du cannabis au Canada, il est temps d’y remédier et de rouvrir la discussion sur le cadre légal québécois en la matière.

Des craintes non avérées

En 2019, le Québec a opté pour l’extrême prudence lorsqu’il a choisi de fixer l’âge légal pour consommer du cannabis à 21 ans, au lieu de s’aligner sur l’âge légal établi pour consommer de l’alcool. Nous devenions ainsi la seule province canadienne à agir de la sorte, malgré l’avis contraire de la très forte majorité des experts en santé publique.

À l’époque, le gouvernement avait l’excuse de naviguer en terrain inconnu et de devoir répondre aux préoccupations légitimes d’une partie de la population. Or, des années plus tard, l’expérience confirme que ces inquiétudes n’étaient pas fondées. Les études canadiennes et québécoises réalisées depuis 2018 montrent que la légalisation n’a pas entraîné l’explosion de la consommation qui était appréhendée, ni chez les adolescents, ni chez la population en générale.

En parallèle, l’industrie québécoise du cannabis s’est professionnalisée. Elle est maintenant composée de plus de 200 entreprises innovantes qui répondent à des normes strictes, fournissent des produits contrôlés, avec une traçabilité permettant de réduire les méfaits.

Passer à la prochaine étape

Selon les estimations disponibles, 60 % des parts de la consommation québécoise sont maintenant accaparées par le marché légal. C’est un progrès notable, qui entraîne des bénéfices importants en matière de santé publique, en plus de générer des retombées économiques majeures pour le Québec et des recettes fiscales de 500 millions $ par année pour l’État. Le temps est toutefois venu de s’attaquer au 40 % restant.

La réduction de l’âge légal à 18 ans figure parmi les mesures les plus susceptibles d’accélérer cette transition. Il faudra également améliorer l’accessibilité du réseau de la SQDC. À l’heure actuelle, on ne dénombre que 108 points de vente pour le cannabis légal au Québec. À titre comparatif, il y a plus de 30 000 endroits (épiceries, dépanneurs, SAQ, bars et restaurants) où acheter ou consommer de l’alcool légalement. Dans bien des régions, les consommateurs doivent donc encore parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour trouver une succursale de la SQDC. Nécessairement, cela laisse beaucoup de place aux vendeurs illégaux.

Une harmonisation des catégories de produits avec le reste du Canada serait aussi de mise. Plusieurs produits qui sont légaux dans les autres provinces – par exemple des crèmes, lotions, gels ou baumes infusés au cannabis – sont toujours interdits de vente au Québec, sans justificatif valable.

À l’aube d’une nouvelle campagne électorale, nous osons espérer que ces enjeux reviennent au cœur des débats politiques. Parce que le Québec a aujourd’hui le recul, l’expérience et la maturité nécessaires pour franchir la prochaine étape.

Pierre Leclerc
Directeur général
Association québécoise de l’industrie du chanvre et du cannabis

À lire sur Le Journal de Québec.

Chargement en cours...